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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 23:26
Kenza Drider, une Française musulmane originaire d'Avignon qui porte le niqab, arrive à la gare de Lyon le 11 avril 2011, date de l'entrée en vigueur de l'interdiction du voile intégral dans l'espace public.

Créé le 12.04.11 à 12h49 -- Mis à jour le 12.04.11 à 12h56

RELIGION – Elle met en avant les difficultés de vivre avec le voile intégral, qui relève souvent d’un choix personnel…

La religion a une place essentielle dans leur vie. Dans une étude intitulée «Un voile sur une réalité» parue lundi, jour d'entrée en application de la loi interdisant le port du voile intégral en France, 32 femmes expliquent pourquoi elles ont décidé de revêtir le niqab.

Le propos de cette étude est clairement politique. Elle a été commandée par la fondation du milliardaire américain George Soros, l’Open Society Institute, qui rappelle en préambule qu’elle cherche à avoir «des débats mieux éclairés sur la diversité et l’égalité en Europe». Naïma Bouteldja, la journaliste qui a rédigé l’étude, déclare avoir voulu remettre «au centre du débat sur le voile intégral les principales femmes concernées par la controverse, c'est à dire celles qui portent un voile intégral. Nous considérions qu'il y avait très peu de données brutes existantes sur les femmes portant un niqab en France, leur profil, âge, nationalité, leurs motivations et leurs expériences quotidiennes».

 

Jeunes et instruites

 

L’étude parle d’ailleurs de ces femmes comme des «mythes». La diversité et l’originalité des témoignages recueillis au cours de l’enquête aident à comprendre les raisons pour lesquelles ces Françaises (30 femmes sur les 32 interrogées) portent le niqab.

Parmi elles, 20 sont d’origine d’Afrique du Nord, quatre sont originaires d’Afrique de l’Ouest et huit sont converties à l’islam. Elles sont jeunes - 27 d’entre elles ont moins de quarante ans - et instruites - quatorze d’entre elles ont au moins décroché leur bac, dont cinq qui ont fait des études supérieures. Mais elles ne sont que dix à travailler, même si elles souhaitent toutes exercer une activité «tant que cela ne les empêche pas de pratiquer leur religion», à l’exception de deux d’entre elles.

 

«Manque de solidarité»

 

D’abord, cette étude tient à rappeler que «l’adoption du voile intégral est dans la grande majorité des cas le résultat d’un choix personnel, sans que la moindre pression ait été exercée par des membres de la famille». Au contraire, le témoignage de ces femmes montre le «manque de solidarité» de l’entourage. Dix d’entre elles ne le portent d’ailleurs pas en permanence à cause des tensions familiales. Le choix de porter le niqab entraîne souvent un conflit ouvert avec la famille, et particulièrement avec les mères.

Ces femmes font part d’un sentiment d’insécurité. A l’instar de Jameelah, une jeune femme de 24 ans: «J’ai senti que je n’étais plus du tout humaine, que j’étais un monstre, alors qu’ils devaient me respecter, parce qu’au final, je suis un être humain comme eux… au final, c’est pour cette raison que je voulais que l’on me respecte.» Trente de ces femmes se sont déjà fait agresser. Des agressions verbales pour l'essentiel «mais vraiment tres répétées et quotidiennes pour celles qui sortaient souvent de chez elles pendant la controverse», justifie Naïma Bouteldja. «Certaines femmes se sont fait cracher dessus et à quelques occasions il y a eu aussi des agressions physiques: des bousculements plus ou moins violent dans le train.»

 

«Un des chemins à suivre»

 

«Les femmes de notre échantillon ne sont membres d'aucune organisation musulmane a l'exception d'une - qui est membre du bureau de sa mosquée locale», ajoute la journaliste. La plupart fréquente très peu la mosquée (moins d'une fois par mois en moyenne). La difficulté de leur rapport avec les institutions musulmanes tient plus au fait qu'une majorité de femmes considèrent ne pas avoir été soutenues par les principales instances musulmanes françaises. «Si l’on devait résumer la position de ces dernières, conclut Naïma Bouteldja, elles se sont d'un côte opposées a la loi et de l'autre ont plus ou moins condamné la pratique du voile intégral.»

Alors pourquoi porter le niqab? Du témoignage de ces femmes, il ressort une forte spiritualité, un quasi mysticisme: «J’avais le sentiment que le simple voile ne suffisait pas, raconte Jameelah. J’avais le sentiment que je devais développer ma spiritualité. Pour moi, c’était un des chemins à suivre.»

 

Quitter la France

 

Avec la nouvelle loi, elles ne vont d’ailleurs pas retirer leur voile intégral. «Parmi les femmes interrogées, nombreuses sont celles qui affirment de façon intransigeante qu’elles refuseront de retirer leur voile lors de l’entrée en vigueur de la loi le 11 avril», examine l’étude. La solution pour elles est incertaine: Sans doute rester chez elles ou bien quitter la France pour aller dans le pays d’origine de leurs parents, en Arabie saoudite ou au Royaume-Uni. Naima Bouteldja explique qu’elles sont elles-mêmes dans l’indécision. Elle cite l’une de ces femmes: «Vivre en France maintenant, c’est comme être très amoureuse d’un homme violent avec vous.»

 

 
Guillaume Boulord
 
Photo; Kenza Drider, une Française musulmane originaire d'Avignon qui porte le niqab, arrive à la gare de Lyon le 11 avril 2011, date de l'entrée en vigueur de l'interdiction du voile intégral dans l'espace public. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

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