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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 14:51

Question :

Certaines boissons contiennent une petite quantité d'alcool qu'on peut déceler par analyse chimique ; j'ai été choqué de lire chez [tel savant] que du moment que cette quantité d'alcool est très petite au point de ne pouvoir être décelée que par analyse chimique, la boisson reste halal. Qu'en pensez-vous ?

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Réponse :

Répondre à votre question demande un certain développement…

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A) Le verset coranique qui a interdit complètement la consommation d'alcool :

Tout d'abord il faut rappeler que c'est le verset suivant qui a communiqué l'interdiction complète de l'alcool : "O vous qui croyez, l'alcool, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires ne sont qu’impureté, relevant du fait du diable. Préservez-vous en, afin de réussir. Le diable ne veut, par le biais de l'alcool et du jeu de hasard, que jeter l'inimitié et la haine entre vous, et vous détourner du souvenir de Dieu et de la prière. Alors allez-vous arrêter" (Coran 5/90-91).

Or le terme que nous y avons traduit par "alcool" est en fait "khamr". Désigne-t-il tout alcool, ou bien désigne-t-il en son sens premier seulement le vin (alcool fait à partir de jus de raisin cru), les autres alcools étant inclus dans la règle par analogie ? Ce point fait l'objet d'avis divergents entre les savants mujtahidûn. Mais avant de voir de façon un peu plus détaillée deux des avis sur la question, voici quelques paroles du Prophète (hadîths) et paroles de Compagnons (âthâr) sur le sujet…

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B) Quelques hadîths et âthâr à propos de l'alcool :

1) "Tout enivrant est interdit" (al-Bukhârî 4087, Muslim 1733) ; "Tout enivrant est du khamr ; et tout enivrant est interdit" (Muslim 2003) ; "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite" (relaté par Jâbir, rapporté par at-Tirmidhî 1865 et Abû Dâoûd 3681 ; relaté par 'Abdullâh ibn 'Amr, rapporté par an-Nassâ'ï 3607)  ; "Tout enivrant est du khamr ; et ce dont un farq enivre, ce qui en remplit la paume est interdit" (relaté par Aïcha, rapporté par Abû Dâoûd 3687) ; "Je vous interdis la petite quantité de ce dont la grande quantité enivre" (relaté par Sa'd, rapporté par an-Nassâ'ï 3608 ; les numéros de hadîths rapportés par an-Nassâ'ï et cités dans cet article-ci sont ceux de la numérotation de al-Albânî, alors que dans certains autres articles du site c'est la numérotation de Abû Ghudda qui a été utilisée).

2) Aïcha raconte : "Nous faisions du nabîdh pour le Prophète, dans une outre dont le haut était refermé et qui avait une ouverture. Nous en faisions le matin et il le buvait le soir. Nous en faisions le soir et il le buvait le matin" (Muslim 2005). Ibn Abbâs relate : "On faisait du nabîdh avec des raisins secs pour le Prophète, dans une outre ; il en buvait le jour même, le lendemain et le surlendemain. Lorsque venait la soirée du troisième jour, il en buvait et en donnait à boire. Si quelque chose en restait il le jetait" (Muslim 2004).

3) Ibn Abbâs disait : "Celui que cela contente – s'il en est à interdire quelque chose – d'interdire ce que Dieu et Son Messager ont interdit, qu'il interdise le nabîdh" (an-Nassâ'ï, 5705). 
Ce propos de Ibn Abbâs concerne, selon une des deux interprétations, un nabîdh ayant fermenté (commentaire de as-Sindî). Le fait est qu'une première difficulté avec le terme "nabîdh" tient au fait que, dans les paroles des Compagnons, il désigne aussi bien la boisson constituée d'eau dans laquelle des fruits ont trempé depuis peu de temps et qui n'est donc pas enivrante, que la même boisson mais devenue enivrante : le nom continue à être appliqué une fois la boisson devenue enivrante. Attention alors aux malentendus ! Que dire quand, en plus, aujourd'hui, en arabe moderne, ce terme désigne uniquement la liqueur !
Une seconde difficulté avec ce terme "nabîdh" est que dans les paroles du Prophète et des Compagnons, ce terme désigne la boisson constituée d'eau dans laquelle des fruits ont trempé depuis peu de temps (nous venons de le voir) ; alors que dans l'usage des juristes (fuqahâ'), si cette eau dans laquelle trempaient ces fruits n'a pas été cuite, elle se dit "naqî'" ; c'est uniquement si elle a été cuite – avant même le début du processus de fermentation – qu'elle se dit "nabîdh" ("Fa-l-farqu baynahû [ay : an-nabîdh] wa bayn an-naqî' : bi-t-tab'kh wa 'adamih" : Radd ul-muhtâr 10/33)

4) Quand Omar ibn ul-Khattâb s'est rendu à Shâm, des habitants de Shâm ont tenté d'obtenir de lui une fatwa disant que boire des boissons fermentées était autorisé pour eux, à cause du climat de leur pays ; il lui ont dit : "Ne nous convient que cette boisson". Omar fit : "Buvez du miel !" Mais ils dirent : "Ce n'est pas le miel qui nous convient". Puis quelques personnes de Shâm lui dirent : "Ferions-nous pour toi, de cette boisson, quelque chose qui n'enivre pas ? – Oui", dit Omar. Alors ils firent cuire jusqu'à ce que cela perde ses deux tiers et que le tiers reste. Quand ils l'apportèrent à Omar, celui-ci y trempa le doigt puis l'en retira ; cela s'étira. Il s'exclama alors : "Ceci est du tilâ' [= enduit], c'est comme le tilâ' des chameaux !" Omar leur dit qu'ils pouvaient en boire. Il dit aussi : "O Dieu, je n'ai pas rendu halal pour eux ce que tu as rendu haram sur eux" (rapporté par Mâlik dans son Mu'attâ, n° 1336). Voir aussi le contenu de la lettre qu'il envoya à ce sujet (rapporté par an-Nassâ'ï 5731, 5733).
Il faut ici souligner qu'il ne s'est pas agi de cuire ce qui était déjà du vin jusqu'à ce qu'il perde ses deux tiers, car ce genre de boisson reste interdit (et n'est pas concerné par l'avis de Abû Hanîfa et Abû Yûssuf autorisant le tilâ' fermenté, nous allons y revenir). Il s'est agi de cuire du jus de raisin non fermenté jusqu'à ce qu'il perde deux tiers de son volume, puis de le laisser ainsi (Ad-Durr ul-mukhtâr 10/31 ; Fat'h ul-bârî 10/81 ; Majmû' ul-fatâwâ 34/200). Il n'y a donc pas de contradiction entre ce propos de Omar et celui de Ibn Abbâs disant : "Le feu ne rend rien licite ni illicite" (an-Nassâ'ï 5746) : en effet, Ibn Abbâs parlait du fait de faire cuire la boisson déjà fermentée et voulait dire que le seul fait de la faire cuire ne la rend pas licite ; Omar, lui, parlait de faire cuire le jus de raisin non fermenté.

5) Il est établi qu'une fois, on avait présenté à Omar un nabîdh fait avec des raisins secs de la ville de Tâ'ïf ; l'ayant approché de son visage il grimaça (qattaba) ; il dit : "Le nabîdh de Ta'ïf a une force" ; puis il demanda de l'eau, et la mélangea avec ; puis il but (Shar'h ma'âni-l-âthâr, at-Tahâwî, 4/218, authentifié dans Al-Muhallâ 6/187). (Un récit succinct mais très voisin est rapporté par an-Nassâ'ï, 5706.) Un événement similaire est attribué au Prophète d'après ce que Abdullâh ibn Omar relate (an-Nassâ'ï 5694).

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C) L'avis de la plupart des mujtahidûn à propos de la consommation de n'importe quelle boisson alcoolique :

Le vin (alcool fait à partir de jus de raisin cru) est interdit. Mais, de façon plus générale, toute boisson qui est fermentée (il y a eu ghalayân, ishtidâd) est interdite, qu'il s'agisse de vin ou autre. Et si cette boisson enivre son buveur seulement lorsque celui-ci en consomme une grande quantité, une petite quantité de cette boisson est aussi interdite.

C') Cet avis se fonde sur les arguments suivants

Les références citées plus haut en 1, notamment : "Tout enivrant est interdit" (al-Bukhârî 4087, Muslim 1733) ; "Tout enivrant est du khamr ; et tout enivrant est interdit" (Muslim 2003) ; etc.

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D) L'avis de Abû Hanîfa et de Abû Yûssuf :

Abû Hanîfa et Abû Yûssuf sont par contre d'un avis différent.

Selon eux, il s'agit de distinguer deux catégories d'alcools :

Première catégorie) Les alcools suivants :
khamr ul-'inab (vin) ;
al-bâdhaq (boisson confectionnée à partir de jus de raisin qu'on a fait cuire jusqu'à ce qu'il perde de son volume, la perte étant moindre que les deux tiers du volume d'origine, puis qui a fermenté) ;
naqî' ut-tamr, aw ir-rutab aw il-busr (eau dans laquelle on a mis ces types de dattes à tremper et le tout a ensuite fermenté) ;
naqî' uz-zabîb (eau dans laquelle on a mis des raisins secs à tremper, le tout ayant ensuite fermenté)…
… sont interdits de consommation (harâm), fût-ce en quantité qui enivre, ou en tellement petite quantité qu'elle n'enivre pas concrètement (bi-l-fi'l) le buveur ; ils sont également impurs rituellement (najis).

Seconde catégorie) Par contre il est d'autres alcools qui sont tels que, d'après Abû Hanîfa et Abû Yûssuf, il est autorisé d'en boire à deux conditions :
– qu'on en boive pour obtenir de la force (taqawwî) (par exemple face à un climat rigoureux ou à des travaux rudes) et non par plaisir (talahhî) ;
– et qu'on en boive une petite quantité, qui n'enivre concrètement pas le buveur (ghayr muskir li-sh-shâribi bi-l-fi'l).
Par ailleurs, ces alcools ne sont pas rituellement impurs (ghayr najis).
Dans certains livres hanafites (par exemple Ad-Durr ul-mukhtâr, 10/33-34), ces autres alcools de la seconde catégorie sont énumérés ; on y compte les quatre suivants :
al-muthallath (jus de raisin qu'on a fait cuire jusqu'à ce qu'il perde ses deux tiers, et qui a ensuite fermenté) ; d'après certains ulémas, c'est cette boisson qu'on appelle aussi le tilâ' ;
– des nabîdh ut-tamr aw iz-zabîb : il s'agit d'une eau dans laquelle on a fait tremper ces fruits, mais le tout a été cuit pendant un certain moment, puis le tout a fermenté ;
– l'eau dans laquelle on a fait tremper du miel, des figues, du blé, de l'orge ou du sorgho – que le tout ait été cuit ou non –, puis qui a fermenté (Ad-Durr ul-mukhtâr 10/33-34).
Dans Al-Jâmi' us-saghîr, autre livre hanafite, il est écrit que tous les alcools autres que les quatre cités plus haut comme appartenant à la première catégorie relèvent de la seconde ("Wa mâ siwâ dhâlika min al-ashriba [ay : mâ siwa-l-ashribat illatî dhakartuhâ fawqu fi-n-naw' il-awwal], fa lâ ba'sa bihî" ; cité dans Al-Hidâya, 2/479-480). Dès lors, relèvent eux aussi apparemment de la seconde catégorie :
– tous les alcools confectionnés à partir des jus de fruits crus autres que celui du raisin – comme le jus de pomme (qui, une fois fermenté, donne le cidre), ou celui de canne (qui, une fois fermenté, donne le rhum), etc.

S'enivrer est donc strictement interdit, quelle que soit la boisson par laquelle on y parvient. Par contre, boire une boisson fermentée sans aller jusqu'à l'ivresse est interdit s'il s'agit d'un des alcools de la Première Catégorie, mais non pas s'il s'agit d'un des alcools de la Seconde (du moment qu'on n'en boive pas par recherche du plaisir mais par besoin, hâja).

[La fatwa, au sein de l'école hanafite, est sur l'avis de Muhammad ibn ul-Hassan, qui est celui cité plus haut en C : cf. Tanwîr ul-absâr, repris par Ad-Durr ul-mukhtâr et Radd ul-muhtâr, 10/36.]

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D') L'avis de Abû Hanîfa et Abû Yûssuf repose (entre autres) sur les faits suivants :

La référence citée plus haut en 4 : le fait que Omar ibn ul-Khattâb ait dit du tilâ' qu'il était autorisé (rapporté par Mâlik dans son Mu'attâ, n° 1336). Or ces deux mujtahids font valoir qu'il est des jus de raisins qui sont tels que même si on les fait cuire jusqu'à ce qu'ils perdent deux tiers de leur volume, ils fermentent ; le tilâ' est donc, disent-ils, une boisson capable d'enivrer lorsque consommée en grande quantité, et pourtant Omar l'a déclaré autorisé.

La référence citée en 5 : ayant un jour reçu un nabîdh fait avec des raisins secs et l'ayant approché de son visage, Omar grimaça (qattaba) et dit : "Le nabîdh de Ta'ïf a une force" ; puis il demanda de l'eau, et la mélangea avec ; puis il but (Shar'h ma'âni-l-âthâr, at-Tahâwî, 4/218, authentifié dans Al-Muhallâ 6/187). (Un récit succinct mais très voisin est rapporté par an-Nassâ'ï, 5706.) Si Omar a grimacé, c'est parce qu'il a ressenti l'odeur de l'alcool ; mais s'il y a ajouté de l'eau puis l'a bu, c'est la preuve que la consommation de ce genre de boisson fermentée est différente de celle du vin et des autres alcools de la Première catégorie (voir plus haut) : elle reste autorisée du moment que la quantité consommée n'enivre pas concrètement le buveur.
(Un événement similaire est attribué au Prophète d'après ce que Abdullâh ibn Omar relate : an-Nassâ'ï 5694 ; cependant, comme nous le verrons plus bas, un des maillons de la chaîne de transmission fait l'objet de critiques.)

Quant hadîth : "Tout enivrant est interdit", Abû Hanîfa et Abû Yûssuf pensent qu'elles parlent de tout ce qui enivre concrètement celui qui le boit.

Du hadîth "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite", ces deux mujtahids pensent qu'il parle du vin, ainsi que des autres alcools de la Première Catégorie (voir plus haut), afin que cela ne contredise pas les propos de Omar cités en 4 et 5. Ces propos de Omar cités en 4 et en 5 s'appliquent donc d'après ces deux mujtahids à tout alcool comparable au tilâ' ayant fermenté et au nabîdh ayant fermenté, la règle concernant ces alcools étant : "Seule la quantité qui enivre concrètement est interdite" ; tandis que le hadîth cité en 1 s'applique aux autres alcools, ceux de la Première catégorie : leur consommation est interdite en petite comme en grande quantités.

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E) Les mujtahidûn du premier groupe (cités plus haut en C) répondent au premier argument de Abû Hanîfa et Abû Yûssuf (le propos de Omar qui est la référence n° 4) ce qui suit :

Les mujtahidûn du premier groupe disent qu'en fait le problème est né du fait que, ayant lu ce propos de Omar, et ayant observé des tilâ' qui sont enivrants, Abû Hanîfa et Abû Yûssuf ont pensé que le propos de Omar concernait le tilâ' dont une grande quantité enivre.

Alors que le tilâ' que Omar a déclaré autorisé est un tilâ' qui n'est jamais enivrant (même consommé en grande quantité) : suite à la longue cuisson qu'il a subie, le jus de raisin ne fermente plus.

Par contre, le tilâ' qui est enivrant est, lui, interdit même en petite quantité : mais Omar n'a jamais déclaré pareil tilâ' autorisé ; c'est bien pourquoi, ayant une fois ressenti l'odeur d'alcool dans le souffle de son fils Ubaydullâh, Omar ibn ul-Khattâb dit : "J'ai ressenti d'Untel l'odeur d'alcool. Il a prétendu avoir bu du tilâ'. Je vais questionner au sujet de ce qu'il a bu ; si cela est enivrant, je lui appliquerai la sanction" (an-Nassâ'ï, 5708). Voyez : Omar a bien dit appliquer la sanction pour le seul fait d'avoir bu une boisson enivrante, et il s'agissait de tilâ'.

Si on trouve ainsi certains tilâ' qui sont enivrants (alors que normalement ils ne le sont pas), c'est, écrit Ibn Taymiyya :
– soit parce qu'ils n'ont pas été cuits de la façon voulue ;
– soit parce que, même s'ils ont subi une longue cuisson, on avait au préalable rajouté au jus de raisin certains ingrédients qui font que, malgré que ce jus soit réduit de deux tiers, il fermente ensuite ;
– soit parce que le raisin poussant dans certains pays est tel que même si son jus est cuit jusqu'à perdre ses deux tiers, il fermente quand même ensuite (MF 34/200-201).

Ibn Hazm écrit de même qu'il connaît un certain raisin, poussant en terre montagneuse, qui est tel que si on fait cuire son jus jusqu'à le réduire d'un quart seulement, il ne fermente plus ; mais qu'il connaît un autre raisin, poussant dans des îles sablonneuses, qui est tel que même si on réduit son jus de trois quarts, il fermente toujours (Al-Muhallâ 6/202).

Le pivot ('illa) de la règle d'autorisation de boire du tilâ' est donc le fait qu'il ne soit pas enivrant (d'après MF 34/200-201), c'est-à-dire le fait qu'il ne soit pas, de façon perceptible aux sens, fermenté (nous allons y revenir plus bas). C'est cela qu'il faut considérer, et non pas seulement si le jus de raisin a été réduit par cuisson de deux tiers.

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F) Quant au second propos (le 5), celui de Omar rajoutant de l'eau à un nabîdh qu'on lui avait donné, les mujtahidûn du premier groupe y répondent ceci :

Ils disent que cela ne signifie pas que ce nabîdh était fermenté mais qu'il s'était transformé en vinaigre : c'est ce que 'Utba ibn Farqad affirme (rapporté par an-Nassâ'ï, 5707). (Quant à la version où un propos voisin de celui de Omar est attribué au Prophète, ils en disent que sa chaîne de transmission n'est pas de qualité suffisante à cause de l'un de ses maillons, 'Abd ul-Malik ibn Nâfi' : voir ce que an-Nassâ'ï lui-même a écrit après avoir rapporté ce hadîth, 5694.)

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G) Mais à cela les tenants de la validité du premier avis répondent :

Si Omar a dit que du nabîdh de Tâ'if qu'on lui tendait qu'il a une force ('urâm), il est peu probable qu'il ait voulu parler de vinaigre ; apparemment il voulait bien dire que ce nabîdh avait commencé à fermenter (Al-Albânî shudhûduhû wa akhtâ'uh, Habîr ur-Rahmân al-A'zamî, pp. 72-74).

Comment expliquer alors la référence n° 5 ?

Une première explication possible serait de retenir l'avis de Abû Hanîfa et de Abû Yûssuf : si Omar a bu ce nabîdh après y avoir ajouté de l'eau, c'est parce que, à la différence du vin etc., boire du nabîdh n'est pas interdit tant qu'on ne s'en enivre pas. Faut-il donc retenir sur ce point l'avis de Abû Hanîfa et de Abû Yûssuf ?

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H) Retenir l'avis de Abû Hanîfa et de Abû Yûssuf ?

La difficulté serait alors, comme l'ont fait valoir Shah Waliyyullâh et Ibn Rushd, comme suit : tous les ulémas sont unanimes à dire que l'alcool de raisin est interdit en grande comme en petite quantité. Or, dire que l'alcool de raisin est interdit en grande comme en petite quantité, mais que l'alcool fait à partir de certain autres produits est, lui, autorisé en petite quantité et interdit seulement en grande quantité, cela ne correspondrait pas à l'habitude du droit musulman, qui est de ne pas faire de différence entre deux choses semblables ["jam' bayn al-mutamâthilayn"] (Hujjat ullâh il-bâligha, tome 2 p. 438 et p. 509, Bidâyat ul-mujtahid, tome 2 p. 876).

Lire aussi ce que Cheikh Thânwî a écrit sur le sujet en cliquant ici.

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I) Comment comprendre alors le propos de Omar cité comme référence 5 ?

Certains ulémas proposent comme explication que Omar a rajouté de l'eau au nabîdh au point de diluer (istihlâk) totalement l'alcool qui s'y trouvait ; cela est redevenu alors comparable au nabîdh n'ayant pas fermenté (voir plus haut, le point B) ; c'est pourquoi Omar l'a bu.

En fait tout tourne autour de l'application du hadîth : "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite"...

Il est certains frères qui pensent que dès qu'on sait, par analyse chimique, que dans une boisson ou un aliment il y a un petit pourcentage d'éthanol – fût-il très faible au point d'être totalement imperceptible aux seuls sens –, cela en fait quelque chose d'illicite, puisque le Prophète a dit : "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite".

Or les choses ne semblent pas être ainsi.

Il faut tout d'abord rappeler qu'une boisson alcoolique (vin, cidre, alcool de datte, etc.) n'est pas constituée d'alcool éthylique (ou éthanol) pur, mais d'éthanol ainsi que d'autres ingrédients ; ce sont ces derniers qui font la spécificité de chaque boisson alcoolique ; ce sont eux qui distinguent le vin du cidre ou du rhum (par exemple), et chaque vin d'un autre.

Pour ce qui est du hadîth "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite", il signifie qu'une boisson qui est telle que c'est si elle est absorbée en quantité importante qu'elle enivre, alors son absorption en quantité moins importante et insuffisante pour engendrer concrètement l'ivresse chez le buveur est quand même interdite. C'est-à-dire qu'il est interdit d'absorber une boisson qui, parce que consommée en petite quantité, n'enivre pas concrètement (bi-l-fi'l), du moment qu'elle est un enivrant en puissance (bi-l-quwwa), qui, consommée en quantité plus importante, enivre concrètement (bi-l-fi'l). Nous avons vu plus haut que ce hadîth concerne– à l'unanimité – le vin et – d'après la majorité des mujtahidûn – des alcools tels que la bière, le cidre, et autres. Ce hadîth veut dire : Ne croyez pas qu'il serait autorisé de consommer de ces boissons une petite quantité qui ne vous rendra pas concrètement ivres et que seule la consommation d'une quantité suffisante pour vous enivrer vous serait interdite ; non, il vous est interdit de consommer même une petite quantité de ces boissons.

I.A) La règle d'interdiction qui a été énoncée dans ce hadîth "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite" s'applique donc :

Cas 1) lorsqu'il s'agit d'une boisson "alcoolique" pure, au point d'être reconnue par tous comme enivrante lorsque consommée en quantité suffisant (rappelons, comme nous l'avons déjà dit plus haut, qu'une boisson alcoolique n'est elle-même pas constituée d'alcool pur, mais d'alcool et d'autres ingrédients ; nous parlons donc du cas où cette boisson enivrante et d'où on ressent l'odeur d'alcool est pure) : c'est le cas du vin, de la bière, du rhum, etc. ; il est donc interdit d'en consommer un fond de verre, même si celui-ci n'enivre pas concrètement le buveur ;

Cas 2) lorsqu'il s'agit d'une boisson alcoolique qui a été coupée, c'est-à-dire mélangée à un autre liquide, mais où l'alcool demeure en proportion suffisante pour que le tout serait capable de causer l'ivresse du buveur si celui-ci en consommait une quantité plus importante ;

Cas 3) lorsqu'il s'agit d'une boisson qui n'est pas dite "alcoolique" mais qui contient une proportion d'alcool :
– qui, certes, est si faible que même si quelqu'un absorbait une quantité importante de cette boisson, il ne deviendrait pas ivre, parce que la quantité d'alcool s'y trouvant est telle qu'il faudrait boire une extraordinairement énorme quantité de cette boisson pour absorber en même temps assez de l'alcool y étant contenu pour devenir ivre ; or un être humain ne peut boire pareille quantité de boisson en une journée (par exemple) ;
– mais qui, d'autre part, est telle que, de cette boisson, on ressent malgré tout un petit goût ou une petite odeur d'alcool.

Le fait que les cas 1 et 2 sont concernés par le hadîth est évident.

Quant au cas 3, si c'est encore la règle d'interdiction qui s'y applique, c'est parce que le fait de consommer une boisson où l'alcool subsiste et est perceptible entraîne qu'il est toujours vérifié (sâdiq) de dire qu'on a consommé une petite quantité (qalîl) d'alcool ; le hadîth "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite" s'applique donc toujours.

La même chose peut être dite d'un aliment dans lequel il se trouve une faible quantité d'alcool, insuffisante pour causer concrètement l'ivresse de celui qui consomme cet aliment (car il faudrait en consommer une quantité impossible à avaler en un petit laps de temps pour un être humain), mais duquel on ressent malgré tout l'odeur ou le goût de l'alcool : la consommation d'un pareil aliment est interdite. Les juristes mentionnent ainsi le cas de celui qui trempe du pain dans du vin et le consomme, et rangent ceci dans la catégorie "consommation de vin" (cf. Al-Mughnî 12/440-441).

Il fut un temps où je me demandais comment faire pour distinguer d'une part la boisson où le pourcentage d'alcool est assez élevé, au point que le fait d'en boire une quantité moyenne suffit pour enivrer, et d'autre part la boisson où le pourcentage d'alcool est tellement faible qu'il faudrait la boire en très grande quantité pour absorber suffisamment d'alcool et devenir ivre ; et si je me posais cette question, c'était par rapport aux faits :
– que la résistance à l'alcool varie d'un individu à l'autre, certaines personnes étant capables de boire deux bouteilles d'une boisson alcoolique sans devenir ivres, alors que trois verres de la même boisson étant suffisantes pour enivrer d'autres ;
– et que l'ivresse elle-même fait l'objet de définitions différentes entre les mujtahidûn (voir par exemple Al-Hidâya 1/508).
Je me posais donc cette question. Mais apparemment elle semblerait superflue par rapport à ce qui nous intéresse ici. En effet, ce qui importe est de considérer si un homme normal peut ou non déceler par ses sens la présence d'alcool dans la boisson : s'il peut le faire, alors cette boisson tombe sous le coup du hadîth "Ce dont la grande quantité enivre, sa petite quantité est interdite" ; et s'il ne le peut pas, alors cette boisson ne relève pas de cette catégorie (nous allons y revenir ci-dessous).

I.B) Qu'en est-il de la boisson ou de l'aliment où l'alcool est en quantité tellement faible qu'il faudrait consommer, de cet aliment ou cette boisson, des quantités gargantuesques – et impossibles à ingurgiter en un laps de temps relativement court – pour devenir ivre, et qu'il est impossible de déceler la présence d'alcool par ses seuls sens ?

Nous parlons ici de la boisson qui contient une proportion d'alcool si faible que les deux conditions suivantes sont réunies :
– premièrement, même si cette boisson était absorbée en quantité importante, elle ne causerait pas l'ivresse, et ce parce que la quantité d'alcool s'y trouvant est tellement faible qu'il faudrait boire une extraordinairement énorme quantité de cette boisson pour absorber en même temps assez de l'alcool y étant contenu pour devenir ivre ; or un être humain ne peut boire pareille quantité de boisson en une journée (par exemple) ;
– deuxièmement, on ne ressent ni l'odeur ni le goût de la trace d'alcool présente dans cette boisson.

En fait c'est la seconde condition qui est essentielle (d'ailleurs elle englobe la première).

Dans ce cas – que l'on pourrait appeler "cas 4", par opposition aux 3 cas plus haut mentionnés –, on n'a pas consommé ce qui s'appelait "alcool" ("khamr" au sens général du terme), ni dans sa totalité, ni en tant qu'ingrédient perceptible au sein de la totalité. Cet alcool a été complètement dilué (istahlaka) dans la somme des autres ingrédients.

Cependant, la consommation de cette boisson est-elle pour autant licite ? Cette boisson ne serait-elle pas de consommation illicite parce que devenue impure (najis) eu égard au fait que de l'alcool y a été mélangé ?
Les avis sont divergents sur le sujet : une telle boisson est effectivement illicite d'après certains ulémas, mais licite d'après d'autres. En effet :
– elle est illicite pour cause d'impureté (najâssa) d'après ceux des ulémas qui sont d'avis que l'alcool est rituellement impur (najis) et que tout liquide – eau ou boisson – qui est en petite quantité (qalîl) devient rituellement impur quand un liquide impur y est mélangé ;
– elle est illicite pour cause de d'impureté (najâssa) d'après ceux des ulémas qui sont d'avis que l'alcool est rituellement impur (najis) et que tout liquide – autre que l'eau – devient rituellement impur – même étant en grande quantité (kathîr) – quand un liquide impur y est mélangé ;
– elle reste licite d'après ceux des ulémas qui sont d'avis que l'alcool est rituellement impur (najis) mais que tout liquide dans lequel un liquide impur est mélangé reste rituellement pur (tâhir) – qu'il soit eau ou autre, qu'il soit en grande ou en petite quantité – du moment qu'aucune des qualités du liquide impur n'y apparaît ;
– elle reste licite d'après ceux des ulémas qui sont d'avis que l'alcool est illicite à la consommation (harâm) mais n'est pas rituellement impur (mais est au contraire tâhir) (cliquez ici).

Il est à rappeler ici que le Prophète buvait parfois du nabîdh : comme nous l'avions dit en B, il s'agit d'une eau dans laquelle des fruits tels que des dattes ont trempé pendant un certain moment. C'est à condition qu'il n'y ait aucune qualité de l'alcool qui apparaît qu'il reste licite de consommer ce breuvage. Comme nus l'aviosn vu comme référence 2, Aïcha raconte : "Nous faisions du nabîdh pour le Prophète, dans une outre dont le haut était refermé et qui avait une ouverture. Nous en faisions le matin et il le buvait le soir. Nous en faisions le soir et il le buvait le matin" (Muslim 2005). Ibn Abbâs relate : "On faisait du nabîdh avec des raisins secs pour le Prophète, dans une outre ; il en buvait le jour même, le lendemain et le surlendemain. Lorsque venait la soirée du troisième jour, il en buvait et en donnait à boire. Si quelque chose en restait il le jetait" (Muslim 2004).

Quand des fruits sont mis à tremper de la sorte dans de l'eau, des molécules d'alcool éthylique (ou éthanol) apparaissent, et, ces molécules se multipliant, il arrive un moment – qui diffère selon le fruit, la chaleur ambiante, etc. – où on peut ressentir à l'odeur ou au goût la présence d'alcool. C'est ce que le récit de Ibn Abbâs met en relief : au bout d'un moment le Prophète n'en buvait plus. Or il est aujourd'hui démontré scientifiquement que c'est rapidement que des molécules d'alcool apparaissent dans l'eau dans laquelle on met des fruits aussi sucrés que des dattes ou des raisins secs à tremper. Cependant, au début ces molécules sont en nombre insuffisant pour qu'on puisse les ressentir à l'odeur ou au goût ; c'est lorsque suffisamment de temps a passé que, s'étant multipliées, on les ressent par ses sens.

De même, le Prophète (sur lui soit la paix) consommait du vinaigre. Or dans le vinaigre se trouve une faible quantité d'alcool résiduel. Le fait est que le vinaigre est le produit de la transformation d'une boisson alcoolique (vin, cidre, hydromel, etc.) : il est obtenu suite à l'oxydation, par le moyen d'une bactérie spécifique, de l'alcool éthylique (ou éthanol) qui était présent dans cette boisson alcoolique, et à sa transformation en acide acétique. C'est cet acide acétique qui est présent dans le vinaigre jusqu'à un certain pourcentage (c'est en France le pourcentage qui est indiqué sur les bouteilles de vinaigre), et c'est lui qui confère au vinaigre son odeur piquante caractéristique. Une certaine quantité d'alcool résiduel demeure cependant (elle ne doit pas dépasser 1,5 % pour le vinaigre de vin d'après la législation française). Mais si elle est très faible, elle n'est pas perceptible aux sens ; par ailleurs, on ne peut pas boire du vinaigre en grande quantité au point de s'enivrer par l'alcool résiduel s'y trouvant, vu que l'acide acétique est corrosif à grande dose. Ceci rejoint donc le principe évoqué en 4.

4.1) Quand on sait que les jus de fruits actuels, certaines boissons et certains aliments (lait caillé, pâte levée, etc.) contiennent naturellement un très faible pourcentage d'alcool, qui s'y forme de lui-même, mais qui est imperceptible aux sens humains, il faut raisonner par analogie avec le nabîdh que le Prophète consommait, et ne pas interdire le jus de fruits actuel au motif que l'analyse chimique y a révélé une petite trace d'alcool.

4.2) Par contre, qu'en est-il des boissons ou aliments où c'est volontairement qu'on a utilisé de l'éthanol (alcool éthylique) dans le procédé de leur fabrication, et où il reste quelques traces de cet alcool, mais qui ne sont pas décelables par les sens humains, et peuvent être décelés seulement par une analyse chimique :
– faut-il raisonner par analogie et dire que, comme le nabîdh reste halal tant qu'on ne ressent pas l'odeur ou le goût de l'alcool, de même, les aliments où c'est volontairement que de l'alcool a été introduit mais où on ne ressent ni son odeur, ni son goût, restent halal ?
– faut-il au contraire faire la différence entre les deux cas de figure, et dire que le nabîdh que le Prophète consommait était licite parce que l'alcool s'y formait de lui-même ; et que, de même, si c'est par mégarde qu'une goutte de vin est tombée dans de l'eau ou du lait – même en petite quantité – et s'y est diluée au point qu'on ne ressente ni l'odeur ni le goût du vin, alors le tout reste licite (MF 21/502-503) ; mais que, par contre, quand c'est volontairement que de l'alcool a été rajouté dans une boisson ou un aliment, alors, y fût-il en quantité imperceptible, la boisson et l'aliment en deviennent illicites ?

Les écoles shafi'ite et hanbalite font une distinction entre le vinaigre qui s'est formé de lui-même – lui est licite – et le vinaigre que la main de l'homme a transformé – lui reste illicite (Ce principe de distinguer ce qui s'est transformé naturellement de ce qui est le résultat de l'action humaine existe donc chez ces deux écoles, et pourrait servir de fondement à la distinction entre le nabîdh et la boisson où on a volontairement ajouté ou utilisé une petite quantité d'alcool.

Par contre, si on retient l'action de Omar ibn ul-Khattâb, et qu'on interprète sa grimace comme le signe qu'il avait ressenti de la boisson qu'on lui tendait une odeur d'alcool (et non qu'il en avait ressenti une odeur du vinaigre), alors le fait qu'il ait rajouté de l'eau jusqu'à arriver à un moment où il a pu en boire, cela montre qu'il n'y a pas de distinction entre les deux cas de figure, puisque c'est volontairement qu'il a rajouté de l'eau à une boisson contenant une petite quantité d'alcool, afin de diluer celui-ci et de pouvoir boire le tout.

Par ailleurs, des gens de Shâm prenaient un récipient de vin, y mettaient des poissons et du sel, et plaçaient le tout au soleil jusqu'à ce que le vin devienne vinaigre ; ils nommaient ce produit qu'ils consommaient pour ses vertus digestives : mur'y. Selon une autre explication, ce n'était pas systématique qu'ils y placent des poissons et du sel (Fat'h ul-bârî 9/764). En tous cas, questionné au sujet de ce mur'y, Abu-d-Dardâ' dit : "Le soleil a abattu l'ivresse du vin ; nous mangeons donc de cela, cela ne pose pas de problème" (Fat'h ul-bârî 9/764 : "a abattu le vin" est une métaphore, dans laquelle le mot "abattre""dhabaha" – a été employé pour dire "a rendu halal", exactement comme le fait d'abattre l'animal licite rend sa chair halal à la consommation : Ibid.). Abu-d-Dardâ' ainsi que d'autres Compagnons considéraient que le mur'y est halal (Fat'h ul-bârî 9/764). Si on retient cet avis, alors de nouveau cela montre qu'il n'y a pas de différence entre le fait qu'une goutte de boisson alcoolique se soit diluée dans un liquide sans y avoir été ajoutée volontairement, et le cas où une trace d'alcool a été diluée dans un liquide après y avoir été sciemment ajoutée.

Cheikh Nazîh Hammâd écrit ainsi qu'il existe trois cas de figure. Il y a d'une part les aliments et les boissons où un très faible pourcentage d'alcool se produit naturellement [mais n'est pas perceptible aux sens] [soit le cas 4.1] ; eux restent halal : c'est le cas des jus de fruits, du lait caillé, de la pâte levée, etc. (Al-Mawâdd ul-muharrama wa-n-najissa fi-l-ghidhâ' wa-d-dawâ', pp. 65-67 dans la traduction).
De même, écrit-il, les boissons où il subsiste un très faible pourcentage d'alcool [non perceptible aux sens] parce qu'il avait été adjoint pour provoquer la dissolution de certaines substances ne pouvant l'être dans l'eau [soit le cas 4.2] sont également halal, comme l'ont souligné les recommandations du neuvième colloque jurisprudentiel lié à la médecine, qui s'était tenu à Casablanca en juin 1997 ; c'est le cas de nombreuses boissons où on a utilisé certains colorants et conservateurs (Ibid., pp. 67-68).
Par contre, les produits alimentaires et les boissons dans lesquels c'est afin d'y engendrer une saveur particulière qu'une petite quantité de boisson alcoolisée y a été adjointe, et où cette saveur particulière se retrouve justement [soit le cas 3], sont haram (Ibid. pp. 68-69) : c'est le cas des glaces, des pâtisseries et des chocolats où on a adjoint une petite quantité de boisson alcoolisée telle que liqueur ou rhum, afin non pas de provoquer l'ivresse du consommateur mais seulement d'engendrer dans ces aliments un goût particulier ; c'est le cas aussi des fruits mis à macérer dans de l'alcool ("pruneaux au vin de telle contrée", "cerises à l'eau-de-vie") ; c'est le cas encore de la volaille cuite au vin ; etc. Ici il n'y a pas eu dilution (istihlâk), ni transformation complète (istihâla), puisqu'on ressent la saveur ou l'odeur de la boisson alcoolisée ayant été adjointe à l'aliment ou à la boisson.

Il faut ici relever que le simple fait de ressentir, de cet aliment ou de cette boisson, le goût ou l'odeur de la petite quantité de boisson alcoolisée y ayant été adjointe (et non pas forcément de l'alcool se trouvant dans cette boisson alcoolisée ayant été adjointe dans cet aliment ou cette boisson), cela suffit pour rendre le tout illicite. Or, dans le cas du nabîdh qui avait fermenté, Omar ibn ul-Khattâb s'est contenté de rajouter suffisamment d'eau pour ne plus ressentir l'odeur d'alcool, et non pour ne plus ressentir le goût ou l'odeur de ce nabîdh. Comment expliquer cette différence ?
En fait le jus de raisin qui, après avoir fermenté, devient du vin s'est transformé totalement (istihâla) : un nouveau produit a vu le jour – comme le traduit le changement de nom, qui n'est plus "jus de raisin" mais "vin" – qui est une boisson interdite en grande comme en petite quantités ("qalîluhû harâm") ; c'est donc toute trace de ce produit interdit qu'on ne doit donc plus pouvoir ressentir dans l'aliment auquel il a été adjoint. Ce que nous avons dit au sujet du vin peut être également dit au sujet de la liqueur, de l'eau-de-vie, etc. Par contre, le nabîdh fait avec des raisins secs qui a été présenté à Omar était de l'eau dans laquelle on a mis ces fruits secs à tremper ; des molécules d'alcool s'y étaient formées en assez grand nombre pour pouvoir être ressenties, mais pas assez pour que que ce soit un nouveau produit : cela restait du nabîdh (le nom reste le même, nous l'avons vu plus haut, en B) : il n'y avait pas eu transformation complète ; il ne s'y trouvait qu'un ingrédient – l'éthanol – qui est interdit. Il suffisait donc de rajouter de l'eau afin de diluer complètement (istihlâk) cet ingrédient pour que le produit redevienne halal.

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J) Récapitulatif :

La consommation d'un aliment ou d'une boisson qui contient une certaine quantité d'alcool :
– est licite s'il s'agit d'une boisson ou d'un aliment où l'alcool s'est formé de façon naturelle mais est en quantité tellement faible qu'il faudrait consommer, de cet aliment ou cette boisson, des quantités gargantuesques (et impossibles à ingurgiter par un être humain en un laps de temps relativement court) pour devenir ivre, et qu'il est impossible de déceler la présence d'alcool par ses seuls sens (cas 4.1) ; on dit que l'alcool a été dilué (istahlaka) dans la somme des autres ingrédients, et c'est pourquoi il est autorisé de consommer pareil aliment ou boisson ;
– est licite (du moins d'après un avis) s'il s'agit d'une boisson ou d'un aliment où l'alcool a été utilisé pour dissoudre certains composants mais d'une part est en quantité tellement faible qu'il faudrait consommer, de cet aliment ou cette boisson, des quantités gargantuesques (et impossibles à ingurgiter par un être humain en un laps de temps relativement court) pour devenir ivre, et que d'autre part il est impossible de déceler la présence de cet alcool par ses seuls sens (cas 4.2) ;
– est interdite s'il s'agit d'une boisson ou d'un aliment qui contient une proportion d'alcool :
- qui, certes, est si faible que même si quelqu'un absorbait une quantité importante de cette boisson, il ne deviendrait pas ivre, parce que la quantité d'alcool s'y trouvant est tellement faible qu'il faudrait consommer, de cet aliment ou cette boisson, des quantités gargantuesques (et impossibles à ingurgiter par un être humain en un laps de temps relativement court) pour devenir ivre ;
- mais qui, d'autre part, est telle que, dans cette boisson ou cet aliment, on ressent malgré tout un petit goût particulier ou une petite odeur caractéristique, engendré(e) par la boisson alcoolique qui y avait été adjointe (cas 3) ;
– est interdite s'il s'agit d'une boisson alcoolique qui a été coupée, c'est-à-dire mélangée à un autre liquide, mais où l'alcool demeure en proportion suffisante pour que le tout cause l'ivresse du buveur si celui-ci en consomme une quantité plus importante (cas 2) ;
– est interdite s'il s'agit d'une boisson alcoolique pure au point d'être reconnue par tous comme enivrante lorsque consommée en quantité suffisante (cas 1).

Des aliments ou boissons relevant des cas 1, 2 et 3, même la consommation d'une petite quantité, insuffisante pour engendrer concrètement l'ivresse, est interdite.

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K) Réponse concrète à votre question :

C'est l'explication que nous avons vue – et qui est très pertinente à mon humble sens – qui fait que certains ulémas sont d'avis que même si l'analyse chimique révèle une petite quantité d'alcool subsistant dans une boisson, du moment que cette quantité d'alcool est tellement infime qu'elle est diluée (istahlaka) dans l'ensemble des ingrédients et qu'elle est donc totalement indécelable aux sens d'un humain normal, cette boisson reste licite, halal.

Par contre il faut rappeler ici une autre réalité : Il est certaines boissons de ce genre qui sont commercialisées dans des bouteilles dont la forme est la même que celle des boissons alcooliques. Acheter ce genre de bouteilles contenant ces boissons n'est pas autorisé. Certaines associations anti-alcoolisme elles-mêmes dénoncent une volonté insidieuse de faire naître chez les enfants consommateurs de ces "boissons sans alcool" le désir de boire plus tard des boissons avec alcool, par effet de conditionnement. Les musulmans ont un raisonnement voisin, disant que même si la boisson avec un très faible pourcentage d'alcool, indécelable aux sens humains, est autorisée, l'acheter dans de telles bouteilles, ou la boire dans une ambiance de bar, ne peut, lui, être autorisé, car tombant sous le coup de la tashabbuh bi-l-fâssiq (cela a été spécifié à propos de toute boisson : Radd ul-muhtâr 10/34, deux premières lignes).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux). Source : www.maison-islam.com Souce image : http://tpe-alcool1.e-monsite.com/medias/album/1419949601-small.jpg.

     

 

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commentaires

katty72 06/09/2010 16:12


bienvenue Lina sur la communauté Islamyate , je ferai un article de bienvenue sur mon blog , bisous et merci pour ce joli blog et ce joli partage .


Linatoun 06/10/2010 23:17



merciiiii